Co-vid’ de sens

    Le 18 mars 2020, je publiais un article de prévention sur le Coronavirus Covid-19 sur mon site de défume. C’était mon devoir de soignant impliqué dans la santé publique. Je l’ai partagé sur différents supports et ça, c’était un acte civique citoyen. Normal !

Étant assez effrayé par cette pandémie, j’ai pratiqué moi-même, les « gestes barrières » avec assiduité voire excès de zèle. Évidemment, je le faisais pour mes patients en psy, mes collègues mais aussi pour ma famille. Normal !

Une semaine plus tard, je disparaissais des réseaux sociaux… Pas normal !

Et bim !

    Vous savez pourquoi ? Vous savez quoi ? Personne n’est à l’abri de choper ce virus ! Personne ! Moi, non-plus ! Je n’ai même pas pu remercier le gentil donateur… On n’a pas eu l’honneur d’être présenté ! 😉   

Oui, le 24, j’étais fébrile et le 25 mars, j’ai été testé…aux Urgences (converties en Centre de dépistage) de l’hôpital où je bosse ! Le 26 au soir, on m’appelle : positif au Covid-19 ! Surpris mais pas vraiment. Mais bon, un bon coup de massue derrière la tête quand même… Cela dit, pendant les 2 jours suivants, plus de symptôme donc je me suis dit si c’est « juste ça », c’est peanuts ! Allez hop, on passe à autre chose…

Oui mais non, j’ai été malade, bien malade… Bon, j’ai surtout eu de la fièvre, de la fièvre…et de la fièvre (jusqu’à presque 40° !). Et quelques autres sympathiques désagréments… Perte de l’appétit : je confirme, le régime « Comme jeûne », ça marche ! (- 6kg), sûrement en lien avec une perte du goût et de l’odorat (heureusement réversible). C’est assez curieux de sentir des odeurs normalement, puis telles celles qui vous rappellent l’enfance – vous savez comme un vague souvenir lointain – elles s’évaporent comme elles sont venues. Ensuite, plus rien ! Quant au goût, c’était plus radical : du tout au rien ! Imaginez, grand buveur de café, je n’en ai pas bu une seule goutte pendant 3 jours ! Quel intérêt de boire de l’eau chaude ? 😉

Je suis privilégié : ça n’a duré que quelques jours cette perte totale. Un mal pour un bien : il faut perdre pour gagner, pour se rendre compte de ce qui est inestimable. Croyez-moi, dorénavant, je mesure davantage le plaisir de manger. Mon café est encore plus exceptionnel ! Je savoure pleinement la nourriture terrestre…  La qualité est la priorité ; la quantité doit être modérée : user mais ne pas abuser…

Il y a presque autant de formes de la maladie qu’il y a de malades. Certes, on trouve des symptômes typiques tel la fièvre et la toux, mais ce virus se manifeste (ou pas : patients asymptomatiques) de nombreuses autres manières (digestives, cutanées…). D’après certaines recherches, ce virus ciblerait d’abord le système neurologique (j’adhère assez à cette approche). Une chose est sûre : on ne choisit pas ; on subit. On prend ce qui vient.

La vie est une dure lutte…

   Dans cet incident de parcours, j’avais un seul désavantage : un surpoids (que j’avais commencé à réduire) mais pas d’autres comorbidités. Cela me laissait une bonne marge d’espoir, d’autant plus que j’avais un atout de taille : plus de clope depuis 14 mois et surtout, a priori, exempté de conséquence de mon tabagisme passé (pas de bronchite chronique, pas de BPCO, pas d’emphysème, etc.). Bien qu’il semblerait que fumer aurait une incidence positive sur ce virus, il est clair que si vos poumons sont malades, vous êtes plus susceptibles d’être gravement touché en cas de Covid. D’ailleurs, dernièrement, on a pu être informé du fait que la nicotine – et non la fumée – aurait un effet « protecteur ». Ou pas ! Nonobstant, je suis convaincu que vapoter m’a aidé à ne pas avoir de problème pulmonaire. Et je suis loin d’être le seul à être interpellé par cela ! Lire le point sur cette hypothèse.

D’autre part, la génétique a peut-être eu un rôle favorable : mon grand-père maternel est encore de ce monde à bientôt 99 ans (début juin). Certes, il a d’intégré un E.H.P.A.D récemment et n’est plus trop en forme physiquement mais il vient encore de survivre à une énième infection pulmonaire (lui n’a jamais fumé). C’est possible que j’aie hérité en partie de sa constitution et que ça m’ait aidé. En tout cas, psychologiquement, ça me fait du bien de le penser.

Dans cette mésaventure, j’ai eu la chance d’avoir une collègue1 avec des connaissances pointues dans les médecines dites alternatives (notamment l’aromathérapie). Dès le début, j’ai donc fait des massages d’huiles essentielles (Tea Tree, Ravintsara, Lavande vraie) au niveau de la gorge, des poumons et dans le bas du dos ; elle m’a aussi conseillé de prendre de la vitamine C (j’ai pris 3 gr/jour) et du zinc. Évidemment, ce « traitement » n’empêche pas d’être contaminé par le virus mais ça aide à « booster » les défenses immunitaires. Autre considération : je n’ai pas lutté contre la fièvre ; j’ai laissé le mécanisme de défense faire son job. Bon, à plus de 39°5, je prenais quand même un gramme de Paracétamol. Ce n’est pas un traitement miracle mais je pense que ça m’a fait du bien. Je continue d’ailleurs à suivre cette « méthode ». Chacun peut s’en inspirer mais attention aux HE, il y a des précautions à prendre !

La peur n’évite pas le danger !

  Le plus étonnant et le plus déstabilisant, pour moi, c’était cet état de flottement permanent pendant les 6 jours de fièvre en continue, une sensation étrange, innommable, indéfinissable. J’étais abasourdi ; je n’avais plus les repères habituels liés à une fièvre classique, aux courbatures… Une grippe mais pas du tout une grippe ! Encore moins une grippette ! Ô que non !

Pendant cet épisode, j’ai eu quelques chutes de tension et des vertiges. Je restais couché et faire quelques pas pour aller aux WC devenait un défi : c’était tout à la fois, Koh Lanta, la traversée de la forêt amazonienne, la Route du Rhum… L‘angoisse d’une possible détresse respiratoire accompagnait l’insomnie de mes nuits… Je me voyais en réanimation, branché, intubé : je n’ose imaginer le stress absolu des personnes qui y sont allées. Quant à celles qui en sont ressorties…dans un sac ! 😥

Du coup, j’ai eu la peur de ma vie : la peur de mourir ! Une vraie peur que je n’aie jamais ressentie dans d’autres circonstances périlleuses (accidents de moto, conduites à risque de ma jeunesse, etc.). Cette fois, j’ai aperçu le champ d’un possible où je ne voulais pas m’allonger… Le « Dormeur du Val », non-merci ! Ce ne pouvait être l’heure de partir, j’avais tant encore à faire, à voir, à entendre, à lire, à écrire…à aimer, à vivre !

Je vous invite à lire ce témoignage de Charlélie Couture, dans lequel je me suis assez reconnu. Je me réjouis qu’il en soit sorti mais je suis triste que Manu Dibango soit parti… Et tant d’autres, personnalités et anonymes… Quelle injustice !

Je ressens parfois le syndrôme de l’imposteur : pourquoi ai-je survécu alors que tant d’autres personnes sont décédées ? N’aimaient-elles pas la vie autant que moi ?! Et puis, je suis soignant mais en arrêt de travail, je suis inutile ; je faillis à ma mission… Quand je constate le travail de mes collègues en réanimation (dont je n’ai aucune de leurs compétences), je me sens petit, si petit…

Garder le silence…

    D’autre part, j’ai « menti » pour préserver ma mère, ma sœur, mon fils ainé (ce n’est qu’après une douzaine de jours, en allant mieux, que je les ai informé). Je ne voulais pas qu’ils soient tourmentés. Un vrai cas de conscience. Je ne sais pas si c’était le bon choix mais je crois qu’ils ont compris que c’était pour leur bien.

Par mon silence, j’ai menti, aussi à vous, ami.e.s lectrices, lecteurs.

J’ai préféré n’embêter personne avec mon histoire et attendre d’être sur la voie de la guérison pour communiquer sur cette expérience. Je devais m’en sortir et dire qu’il ne faut pas sombrer dans le catastrophisme, dans la « psychose », dire que la majorité des cas ne sont pas fatals ; je devais attendre pour envoyer un message positif, optimiste. Il me fallait un dénouement heureux, pas un journal morbide !

Je ne voulais – et d’ailleurs, je n’étais pas en état – écrire sur ce que je vivais ; je n’aurais pas su apprécier les encouragements de circonstance et encore moins supporter les apitoiements.

Cet événement m’a permis de constater que, in fine, mon absence du web est passée inaperçue pour la majeure partie de mes contacts. Dois-je en déduire que je ne compte pour quasi personne ? Dois-je reprendre les interactions, commenter, liker… ? À quoi ça sert tout ça ? Publier cet article a-t-il un quelconque intérêt ?

Je dois avouer que je n’ai guère pris de nouvelles d’autrui, mais à ma décharge, comme je ne voulais pas en donner des miennes, ce silence m’a permis de ne pas ajouter du mensonge au mensonge.   

Cela dit, je sais aussi que d’aucuns ne se sont pas manifestés, animés par la pudeur qui est aussi mienne, mais que j’étais dans leurs pensées. Je les remercie chaleureusement.

Et j’ai conscience que d’autres personnes dans la confidence ont fait preuve d’une humanité, qui restera gravée à jamais dans ma mémoire. Ils et elle se reconnaitront.

Et bam !

    Dieu merci, je n’ai pas eu besoin d’être hospitalisé notamment à cause de dyspnées. Oui, vous avez bien lu ; moi, celui qui est fâché avec les religions, j’ai cité Dieu. Certes, j’ai depuis longtemps fait un distinguo entre Dieu et la religiosité. Mais j’ai toujours cru qu’une entité supérieure chapeautait l’humanité. La beauté de la nature, par exemple, ne peut pas n’être que le fruit du hasard.

Bref, quand on se retrouve dans certaines situations critiques, Dieu se rappelle à nous ou on se rappelle à lui. Que l’on soit croyant ou pas, rares sont les personnes qui restent indifférentes. En tout cas, je ne suis pas devenu un dévot mais mon rapport à Dieu s’est renforcé. Des ami.e.s catholiques et musulmans ont prié pour moi : ça m’a aussi beaucoup aidé, j’en suis intimement convaincu. Je ne les remercierais jamais assez.

En tout cas, cette « expérience » m’a permis de réfléchir sur le sens de la vie. J’étais déjà dans une démarche spirituelle, à la suite d’une mise au point sur mon existence. Maintenant, je sais que j’avais choisi la bonne voie et surtout j’ai des réponses qui me confortent dans ce choix.

Et boum !

   Quant à 20h, tous les soirs, j’entends les applaudissements de mes voisins, je ressens un mélange de sentiments contradictoires : je vous dis merci intérieurement mais je ne peux m’empêcher de penser « où étiez-vous lors des manifestations de défense de l’hôpital ? Où serez-vous après cette pandémie ? ». Les soignants ne sont pas des héros ; ils sont juste des travailleurs, qui veulent un réel outil de travail, avec des moyens financiers pour l’exercer et vivre décemment. Ce texte d’un blogueur Médiapart, Théo Portais, résume assez bien ma pensée. Il est curieux (ou pas) de constater que les métiers indispensables sont les moins considérés et les plus mal payés ! Un grand merci à toutes les personnes exposées mais aussi aux travailleurs de l’ombre.

Bien sûr que les élans de générosité, de solidarité, font chaud au cœur mais qu’en restera-t-il après ? Peut-on espérer que l’humain se soit réveillé de sa léthargie consumériste ? Va-t-il continuer à privilégier le commerce local, l’artisanal ? Va-t-il faire perdurer le lien intergénérationnel ?  Va-t-il plébisciter l’éveil des consciences ?

Et badaboum !

   Il y a eu un avant ; on est encore dans le pendant et il y aura un après (on en est loin). En tout cas, ce n’est pas le 11 mai que le virus nous laissera tranquille…

Mais quand on sera déconfiné, libre de vaquer, sonnera l’heure des règlements de compte. Et je suppute qu’ils seront violents ! Les manifs des Gilets jaunes ne seront qu’un souvenir light du mécontentement d’avant la pandémie. Qui pourra oublier la pénurie de masques et autres matériels/matériaux indisponibles ? Qui pourra pardonner les mensonges, les promesses non tenues, des politiques ? Peu importe vos idées politiques, je vous invite à visionner cette vidéo.

Quelle hécatombe parmi nos anciens ! Quelle honte dans leur prise en charge avant, pendant et…une fois décédé !

Quel sera l’état d’esprit de ceux qui n’ont pas respecté le confinement et les précautions ? Ont-ils eu à un moment donné pris la mesure de leur stupidité ? Rappel sur le confinement 

Face au sacrifice de soignants, de travailleurs, de bénévoles divers et variés, comment pourra-t-on les remercier ? Une pétition pour un « Prix Nobel de médecine des personnels soignants », à suivre même s’il y a peu d’espoir qu’elle aboutisse.

Covid’ de sens ?!

Et voilà !

      Je crois que j’ai fait le tour de mon Covid-19. Depuis les premiers symptômes, il s’est écoulé 22 jours. Suis-je rétabli ? Non, pas complètement mais, bien que possible contaminant, je vis à peu près normalement. Certes, je n’ai pas totalement retrouvé l’odorat et le goût me joue des tours. Par ailleurs, j’ai toujours cette sensation – bien moindre – mais permanente d’être dans un « certain flou » pas du tout artistique, une « lourdeur » légère persistante dans la tête, un peu comme un mélange de l’effet de la codéine avec un mal de tête résiduel. Bref, un truc inexplicable assez subtil. J’ai un autre symptôme moins connu mais reconnu : des engelures sur le dessus des mains et des démangeaisons sur tout le corps. La fatigue a laissé la place à un manque d’énergie. J’ai la tension bien plus basse qu’habituellement mais ça va. La goute au nez alterne avec le nez bouché et la toux s’exprime de temps en temps… Bref, pas de quoi se plaindre !

A priori, j’ai franchi le cap des possibles complications graves. Il faut à peu près 1 mois pour être guéri. Si tant est qu’on le soit un jour… Normalement, je suis immunisé (quoiqu’il y ait des cas de rechute…).

Je ne vais pas prolonger mon arrêt de travail (fini le 13) parce que j’aurais le sentiment d’abuser, de ne pas respecter mes collègues soignants au plus proche du Covid. Et puis, j’ai des congés, posés antérieurement, qui ont été maintenus par ma hiérarchie ; je reprends donc le travail le 21 avril (si la Médecine du travail me déclare apte).

Déjà ce jeudi après-midi, jour d’après la publication de cet article, je vais sortir après 3 semaines de confinement strict chez moi – bon j’ai la chance d’avoir un balcon – mais ça va être un truc de dingue…d’aller faire des courses !

Vous avez remarqué que je n’ai pas insulté le virus, que je ne parle pas en mal de lui ? Pourquoi ? Parce que je ne tuerais pas un chien en prétextant qu’il a la rage. Parce que ce morceau d’ARN est une conséquence du non-respect de l’homme envers le vivant animal, envers la nature, envers son homologue. Parce que je pense que l’on peut tirer beaucoup de leçons positives de cette épreuve.

Ce récit n’a qu’une vocation informative, un retour d’expérience. Mon cas n’est représentatif que de mon vécu : chacun son Covid. J’ai la chance d’avoir pu écrire ce texte et le partager. Je suis si heureux d’être vivant.

Je vous souhaite le meilleur. Protégez-vous. Aimez-vous et dites-le à ceux qui vous sont chers. La vie est belle.

Chriss Brl


1 Cette collègue a écrit un article sur le tabac et l’hypnose sur le site je-defume.info.


EDIT :

Mon texte a été édité ce dimanche car je me suis aperçu que j’ai doublé une partie en zappant le contenu de « Et bam ! ».
Je n’étais pas encore très frais quand j’ai publié cet article. 😉  

7 réponses

  1. Françoise dit :

    On est heureux que tu ailles mieux, vraiment heureux.
    Ce virus est terrible.
    Merci pour cet article, pour ta franchise, pour ton humanité.
    Des bises!

  2. Chriss Brl dit :

    Merci Françoise (et Alain 😉) pour ce commentaire. C’est touchant. 💗

  1. 15 avril 2020

    […]  Désolé d’avoir déserté ce site mais j’ai eu comme excuse de choper le Covid-19… 😉 Voici mon témoignage sur cette expérience peu banale : https://chrissfreevoice.wordpress.com/2020/04/15/covid-de-sens/?fbclid=IwAR3T2DezKqM9km8TZcf9mv8dRkE… […]

  2. 13 mai 2020

    […]   Précédemment, je vous faisais part de mon expérience covidesque. Cette publication – tout simplement une tranche de vie partagée d’abord pour le bien commun […]

  3. 19 mai 2020

    […] banale ici car cela peut être utile. J’ai donc publié un article au bout d’un mois : Covid’ de sens ?!  Je pensais que c’était fini mais non ! J’ai donc écrit un autre texte : […]

  4. 21 juin 2020

    […] Bah, jamais 2 sans 3… Si vous n’avez pas suivi mon aventure covidesque, je vous invite à lire ceci et cela. Cet article se veut être celui qui clôturera le sujet. Bon, il n’est pas dit qu’un […]

  5. 31 août 2020

    […] 1-  https://des-m-hauts-et-des-bas.fr/covid-de-sens/ […]

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